Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Histoire et Généalogie planèze aubrac margeride

Des anarchistes à Saint-Flour ? L'affaire des lettres de menaces et des croix du Calvaire (1882)

2 Septembre 2022, 13:04pm

En ce mois de novembre 1882, une étrange affaire vient troubler la tranquillité de la paisible ville de Saint-Flour. Plusieurs personnalités de la ville, plus précisément, l’évêque, le maire et M. Baduel, juge au tribunal, ont reçu des lettres anonymes les menaçant de mort s’ils ne répondaient pas favorablement à une demande de rançon, formulée dans les termes suivants. « Tout dans le sang. Si vous ne déposez pas 500 francs au Calvaire de Saint-Flour dans un porte-monnaie, dans un buisson situé entre deux grands rochers les plus près de l’église du côté des stations et dont une croix touche un de ces deux rochers, avant le 5, votre mort sera décidée ainsi que l’incendie de votre palais. Ne mettez personne au calvaire pour veiller car il sera probablement tué. Je vous salue en attendant le dénouement. Le Président du Comité exécutif. L.C. Vive la révolution sociale ». Les lettres anonymes originales n’ayant pas été conservées, c’est à travers le brouillon d’une missive confidentielle, adressée par le sous-préfet au préfet du Cantal et datée du 4 novembre, que leur contenu est parvenu jusqu’à nous.

On apprend dans cette même lettre que les autorités comme les victimes ne prennent pas ces menaces très au sérieux et ne voient « dans cette affaire qu’une plaisanterie de mauvais goût ». Le sous-préfet souhaite toutefois prendre des mesures visant à prévenir l’envoi de nouvelles lettres afin d’éviter que l’affaire ne s’ébruite : « Il serait à craindre en effet que le secret dont nous nous appliquons à entourer les faits […] ne fut trahi par les nouvelles personnes menacées. […] La population qui les ignore et qui, me dit-on, est fort impressionnée par la lecture des faits analogues qui se sont produits ailleurs serait dans un état de fièvre, d’attente et de panique qu’il importe d’éviter ». Le sous-préfet fait ici référence aux attentats dits de la « Bande noire », nom donné à différentes organisations ouvrières d'inspiration anarchiste de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire). Les premières actions de la Bande noire se déroulent à l’été 1882 et sont marquées par un anticléricalisme radical : saccage et incendie d’une chapelle, dynamitage de calvaires et de croix, lettres de menaces. Bien que ciblant principalement des symboles religieux, l'organisation semble être tout de même motivée par des idées libertaires et anticapitalistes.

Pour ce faire, le sous-préfet souhaite mettre en place une surveillance de la boîte aux lettres de la poste de Saint-Flour, boîte à partir de laquelle ont été envoyées les trois premières lettres, soit en plaçant pendant quelques jours un agent de police à l’intérieur du bureau de poste, soit en ordonnant à un employé des Postes de retirer les lettres postées de nuit au fur et à mesure de leur dépôt afin d’appréhender sur le fait leur auteur. Il est aussi décidé de placer deux gendarmes dans la chapelle du Calvaire dans l’éventualité où l’auteur des menaces viendrait vérifier le paiement de la rançon. Mais toutes ces mesures ne serviront à rien car l’affaire prend rapidement une autre tournure. Dans la nuit du 8 au 9 novembre plusieurs croix du Calvaire, douze sur quatorze, sont arrachées et portées quelques mètres plus loin. De nouvelles lettres de menaces, écrites de la même main, sont adressées à l’évêque et au directeur du petit séminaire : « Vous ne vous êtes point encore exécutés, faites-le dans un délai de deux jours où tout brûle. Tout par le sang, vive la révolution sociale ». Méfiant, l’auteur a pris la précaution de changer de boîte aux lettres en délaissant la « grande poste » pour « les boîtes de ville », déjouant ainsi la surveillance de la police. Le sous-préfet ne voit dans le renversement des croix qu’un signe de « mécontentement de ne pas trouver à l’endroit fixé le porte-monnaie qu’ils espéraient y voir » et non « le signe d’un prochain mouvement anarchiste dans l’arrondissement de Saint-Flour. C’est donc ailleurs qu’il faut chercher, je crois, les motifs […] dans un besoin pressant d’argent, une rancune personnelle, ou même le simple désir de faire parler de Saint-Flour ». Une enquête est ouverte par le juge d’instruction mais ne produit aucun résultat précis. Dans l’attente, les croix sont replacées et la surveillance des deux gendarmes aux abords du Calvaire reprise jusqu’à nouvel ordre.

Toutes ces précautions ne peuvent cependant empêcher l’ébruitement de l’affaire. En effet, dès le 10 novembre, le journal La République Libérale propose un article intitulé « Les anarchistes à Saint-Flour » dans lequel est relaté avec toute exactitude le déroulé des faits. Pour ce journal de tendance républicaine, il ne faut pas exagérer le danger de ces menaces qui sont attribuées à des « individus qui aiment le désordre, s’adonnent à la paresse et se livrent à la débauche », voulant imiter les « exploits récents des anarchistes » dans le but « de faire peur aux bourgeois et aux curés ». Ce n’est pas l’opinion du Moniteur du Cantal, journal de tendance antirépublicaine, qui lui aussi évoque l’affaire dans son édition du 11 novembre : le rédacteur y voit plutôt l’œuvre des anarchistes et socialistes de Montceau-les-Mines qui « ont, paraît-il, des affiliés à Saint-Flour ». Plaisanterie de mauvais goût inspirée par les évènements de Montceau-les-Mines ou véritable action anarchiste ? Il est impossible de l’affirmer avec certitude à la lecture des documents qui ont été conservés.

Dans son rapport destiné au préfet le 12 novembre, le sous-préfet écrit : « pas de faits nouveaux si ce n’est une nouvelle lettre de menaces adressée à l’imprimeur de l’Impartial. Instruction n’a pas encore abouti. Surveillance exercée cette nuit sans résultat ». La dernière pièce de ce dossier est un brouillon de lettre du sous-préfet au préfet en date du 16 novembre dans lequel il regrette que l’administration des Postes refuse de laisser surveiller les boîtes aux lettres de la ville et que, dans ces conditions, il lui semble impossible de saisir l’auteur des menaces sur le fait. Le juge d’instruction se tourne quant à lui vers une tout autre piste puisque d’après le sous-préfet, il « croit qu’il arrivera à découvrir l’auteur de ces lettres. Et a l’intention d’aller saisir les copies des élèves des divers séminaires de la ville. Il croit d’après certains indices que les lettres viennent de là ». Il semble toutefois que les coupables n’aient jamais été retrouvés et que l’affaire s’en soit tenue à ces quelques péripéties.

 

Cotes ADC : 3 Z 46, 15 JOUR 1 et 2 JOUR 27

Document rédigé par Nicolas Laparra

Voir les commentaires

Les publications du GEHRG

13 Juillet 2022, 16:25pm

Désormais les publications du GEHRG, sont disponibles sur papier, et au format PDF.

 

Voir les commentaires

SORTIE DU 10/6/2022

22 Juin 2022, 16:22pm

 

Voir les commentaires

Livres du GEHRG

13 Mai 2022, 11:02am

Saint-Flour et ses Parlementaires et Les Maires de Saint-Flour sont disponibles aux Archives Municipales, aux prix de 14 et 10 €. + port éventuel.

 

Voir les commentaires

Le système métrique dans le Cantal par Jean-Baptiste Franiatte [vers 1800]

3 Mai 2022, 16:08pm

Jean-Baptiste Franiatte, expert géomètre de la ville d’Aurillac et commissaire pour les poids et mesures du département du Cantal, est à l’origine d’une des premières tentatives de réalisation d’un tableau de concordance entre les anciennes mesures héritées de l’Ancien Régime et le système métrique mis en place par la Révolution. En 1789, il n’existe aucun système de mesure unifié entre les diverses régions de France. L’étalonnage des poids et mesures est alors octroyé au roi, et on dénombre dans le royaume plus de 800 unités de mesure différentes. Certaines sont liées à la morphologie du corps (pouce, doigt, poignée, brassée, pied, pas), dautres au travail (hommée, fauchée, journal), d’autres encore au transport (ânée, charge, sac, tonneau). La complexité vient aussi de ce quune même dénomination, le pied, par exemple, correspond à une vingtaine de longueurs différentes selon les lieux et les corps de métier. Ainsi dans le Cantal, pour les mesures agraires, on utilise la sétérée, le journal ou la cartelée, mais tandis que la sétérée d’Aurillac vaut 17,83 ares (ou 1783 m2), celle de Maurs vaut 32,10 ares (ou 3210 m2). Et il en va de même pour l’ensemble des unités de mesure de distance, de longueur, de surface ou de poids. Une même dénomination peut recouvrir des réalités très différentes selon les localités.

Un tel système, source de confusions et d’embarras, constitue une entrave au commerce et à l’industrie dont l’essor réclame un système unifié. Sous l’Ancien Régime, plusieurs tentatives de simplification et d’uniformisation avaient déjà été faites, malheureusement sans succès, et la réforme des poids et mesures reste une des revendications les plus fréquemment exprimées dans les cahiers de doléances. « Un roi, une loi ; un poids et une mesure » est bien une des doléances inscrites à l’ordre des États généraux de 1789. L’abolition des privilèges ouvre la voie à une réforme enfin possible. Le roi n’étant plus à l’origine de l’étalonnage, il s’agit de trouver dans la nature « une mesure universelle et invariable, reproductible et vérifiable partout et toujours » (Talleyrand). Le 26 mars 1791, le choix du quart du méridien terrestre comme unité universelle et naturelle est fait sur la recommandation de Condorcet et de l’Académie des sciences, car cette mesure « ne renferme rien ni d'arbitraire, ni de particulier à la situation d'aucun peuple sur le globe ». La naissance du mètre – dont la longueur est établie comme « égale à la dix millionième partie du quart du méridien terrestre » – est officialisée par le décret du 1er août 1793, « qui établit pour toute la République la même uniformité dans les poids et mesures ». Ce premier décret est complété par celui du 18 germinal an III (7 avril 1795) qui institue le système métrique décimal. Il s’agit d’une véritable révolution dans le calcul des surfaces et des volumes. L’unité de mesure de base étant déterminée, il suffit désormais d’établir toutes les unités de mesure qui en découlent : le mètre carré, le mètre cube, le litre, le gramme… Ce décret supprime et interdit toute autre unité de mesure. Toutefois, on imagine aisément que la mise en pratique du système métrique n’a pu se faire en quelques mois ou même quelques années. Il est impossible d’abolir des siècles de pratiques et d’habitudes en si peu de temps. A l’heure de l’euro, certains de nos compatriotes parlent toujours en anciens francs alors qu’ils n’ont plus cours depuis plus de 60 ans ! Ce document n’est pas daté mais il est dit « présenté au citoyen Riou Préfet du Cantal ». Il s’agit du premier préfet du Cantal en poste depuis le 11 ventôse an VIII (2 mars 1800). On sait aussi que le même Franiatte est l’auteur du Tableaux des anciens poids et mesures en usage dans la ci-devant Haute-Auvergne comparés aux poids et mesures du nouveau système métrique publié en 1802. On peut donc raisonnablement dater ce document de la période 1800-1801, soit près de 5 ans après l’interdiction des anciennes unités de mesure.

Par son travail, Jean-Baptiste Franiatte fait œuvre de vulgarisation. Il se propose de donner « un rapport réciproque des mesures anciennes et nouvelles, avec différents moyens de les comparer les unes aux autres ». Les unités de mesure ne portent pas encore toutes les dénominations actuelles. Il utilise le mètre, le mètre carré et le mètre cube, le kilogramme ou « nouvelle livre » mais aussi la « lieue républicaine », la « perche républicaine » ou encore la pinte et le boisseau. Mais là n’est pas l’essentiel, la véritable révolution est qu’il s’agit bien désormais d’un système décimal unifié. Franiatte établit un tableau de concordance entre toutes les mesures dites « anciennes » et les mesures dites « républicaines ». L’aune de 44 pouces, mesure de longueur utilisée dans le canton d’Aurillac, vaut désormais 1,191 mètres et à l’inverse le mètre vaut 0,839576 aunes de 44 pouces. Pour bien se faire comprendre, il donne en exemples plusieurs cas pratiques de conversion : « On demande combien font 100 mètres linaires en aune de 44 pouces. Multipliez par 100 le nombre 0,839576 (rapport du mètre à l’aune). Séparez ensuite les six derniers chiffres vers la droite par une virgule, parce que le multiplicande a six décimales, et vous trouverez que le résultat de la multiplication donne 83 aunes 957600, c'est-à-dire 83 aunes 96 centièmes en négligeant les quatre derniers chiffres et en augmentant d’une unité la décimale précédente ». Pour Jean-Baptiste Franiatte c’est un « moyen simple de convertir en fractions anciennes, les fractions décimales ». Autre exemple « Le kilogramme ou livre républicaine fait en livres anciennes de 16 onces, 2,042877 livres. Si l’on veut savoir combien d’onces font ces fractions décimales, on les multiplie par 16 et l’on trouve 0,686032 once. Ces fractions ne contenant pas d’onces, comme l’on voit, on cherche combien de gros elles contiennent, et l’once étant composé de 8 gros, on les multiplie par 8 qui donnent 5,488256 gros : il faut multiplier les fractions décimales des gros pour trouver combien de grains elles contiennent, et le gros étant composé de 72 grains, l’on multipliera 488256 par 72, pour trouver 25,154432 grains. Par conséquent le kilogramme ou nouvelle livre vaut 2 livres 5 gros 35 grains 15 centièmes de grain » et tout cela sans calculatrice ! Je vous laisse seuls juges de la simplicité du procédé.

Cotes ADC : 3 Z 16

Document rédigé par Nicolas Laparra

Sources : Christiane DOUYÈRE-DEMEULENAERE, « Le système métrique décimal », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 20 avril 2022. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/systeme-metrique-decimal

Voir les commentaires

La Montagne du 23 avril 2022

2 Mai 2022, 13:38pm

La Montagne du 23 avril 2022
 

Voir les commentaires

L’arbre généalogique le plus grand du monde remonte à 100 000 ans

3 Mars 2022, 08:29am

Publié par Françoise PICOT

Actes civils, recensements de population, archives notariales ou fiscales, c'est en général sur la base de ce type de documents que nous, les passionnés, commençons à construire notre arbre généalogique.

Des chercheurs de l’université d’Oxford (Royaume-Uni), se sont tournés vers une autre source d'information.
Pour comprendre comment les individus du monde entier sont liés entre eux et construire un immense
arbre généalogique, l'arbre généalogique de l'humanité, ils comptent sur l’ADN.

Cette étude a été publiée récemment dans la très prestigieuse revue Science.

Composé de 27 millions de personnes (vivantes ou mortes) cet arbre généalogique devrait permettre aux individus de mieux comprendre l'histoire de l'humanité. Une avancée importante qui révèle beaucoup d'indications sur les ancêtres de l'homme.

Pour en savoir plus, voir les différents liens ci-dessous :

Lien vers l'article sur cultea.fr

Lien vers l'article sur netcost-security.fr

Bonne lecture.

Voir les commentaires

Nos ancêtres lisaient

12 Février 2022, 16:40pm

Publié par Françoise PICOT

LIVRES ET LECTEURS DANS LE DEPARTEMENT DU CANTAL AU XIXème SIECLE

Ci-dessous quelques extraits du mémoire de DEA de Nicolas GALAUD en 1992 sous la direction de Dominique VARRY, Maitre de conférences à l'ENSSIB.

La production locale d'imprimés

Les livres proprement dits sont assez peu nombreux.
Jusque vers 1850, ce sont les ouvrages à caractère religieux qui dominent.

A partir de 1850, la production non religieuse prend le dessus .
Elle est de deux sortes:
- des ouvrages pratiques comme l'Annuaire du Cantal, dont la première édition date de 1817 (par Pellisson) , qui fournit outre le calendrier de l'armée, la liste des administrations nationales et locales, les dates des foires et marchés, des renseignements statistiques , géographiques et historiques sur le département , ainsi que quelques traités d'agriculture.

- des ouvrages d'histoire locale. Le XIX ème siècle est marqué par un engouement pour l'histoire érudite, et les études locales se multiplièrent.
Ainsi, en 1818, J. B. Lakairie publie a Aurillac un tableau chorographique et historique du département du Cantal.
En 1820 Charles Raulhac, publie un « Discours sur les hommes éminents de l'arrondissement d'Aurillac »,

En 1824 parait la première édition du « Dictionnaire statistique du département du Cantal » par Deribier du Chatelet .

En 1861, on trouve, à côté des titres religieux, les ouvrages suivants :
- Guide du département du Cantal (1500 ex.)
- Guide historique et archéologique du Cantal, par Durif (1000ex.)
- Le songe de Guttemberg par H. Feuilleret, professeur d'histoire (50 ex.)
- Notice historique et statistique sur Thiezac (3500 ex.)
- Les causes de la dégénérescence des races chevalines en France (100 ex.)

Des colporteurs, une librairie ambulante

C’est une forme très ancienne de diffusion de l'imprimé en milieu rural qui a donné naissance à une littérature qui lui était propre, adaptée aux goûts et aux besoins du public rural.
La République étant définitivement installée a partir de 1875, on libéralisa par étapes le régime du colportage. La loi du 9 mars 1878 abrogea les dispositions de celles de 1849 pour le colportage des périodiques et de la presse. Désormais, elle pouvait être librement colportée sur simple déclaration à la Préfecture.

Le 17 juin 1880, une nouvelle loi établit la liberté pour tous les imprimés en substituant au régime de l'autorisation , une simple déclaration.
D'autre part, l'estampillage est aboli, le colporteur devant seulement être porteur d'un catalogue des objets qu'il propose. Enfin, la loi du 29 juillet 1881 lève ces dernières restrictions. Plus aucune formalité n'est réclamée.

On doit distinguer deux types de colportage.

Tout d'abord, un colportage à caractère local, exercé par des habitants du département et qui n'en dépasse pas les limites. Ceux qui s'y livrent sont généralement des gens dans l'indigence, ou souffrant d'infirmités ou de maladie chronique et qui ne peuvent exercer d'autres activités ; ou des personnes pour qui le colportage constitue une activité de complément saisonnière.
Ainsi, en 1861, Géraud Cazals demande une autorisation de colporter dans l'arrondissement de Murat des images de sainteté car "ne pouvant se livrer a l'agriculture en cette saison (..) il a besoin de se créer par une activité passagère les ressources nécessaires pour subvenir à ses propres besoins et à ceux de sa femme qui se trouve être dans un état de grossesse avancée" (ADC 49 M 1).

II existe d'autre part un "grand colportage", effectué par des colporteurs spécialisés, dont c'est la principale activité et qui parcourent la France entière. Ils sont généralement originaires sous le Second Empire du Haut-Comminges, région à cheval sur les départements de la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées.

Les colporteurs empruntaient généralement des itinéraires réguliers, par étapes d'une trentaine de kilomètres (d'un chef-lieu de canton à un autre) restant cinq à six jours dans le même canton.
On retrouve naturellement ces colporteurs pyrénéens dans le Cantal.
En 1849, ils représentaient 21 autorisations sur 31 au total; 13 sur 18 en 1850; 12 sur 18 en 1851. Les mêmes noms reviennent d'une année sur l'autre. En 1853, on leur délivre 45 autorisations reparties en deux vagues.

Dans le Cantal, on ne trouve à nouveau trace de colportage de livres qu'à partir de 1880, mais de manière très résiduelle.
En 1880, M. Baillit de Mauriac est autorisé a colporter « L'adieu de Napoléon III », « La Complainte du Maréchal Bazaine », « La Complainte sur la passion de Notre Seigneur », « la Républicaine » et « le Cantique des pèlerins ».

A la fête de Mauriac. M. Lablanquie de Saint-Mamet colporte la même année « l'Almanach de Milan » et « l'Almanach du cultivateur. »
En 1881, Cesar Baldi, originaire du Tyrol autrichien diffuse des chromolithographies* (sic), des cartes de géographie et des gravures (ADC 49 M 1) .

*La chromolithographie est une méthode unique pour réaliser des impressions multicolores

Les livres colportés
La littérature de colportage a été souvent étudiée, et nous est bien connue .

Au premier rang viennent les almanachs, qui combinent en un seul volume calendrier, informations pratiques, conseils et petites histoires.
Les almanachs les plus diffusés dans le Cantal sont « l'Almanach de Milan », imprimé à Clermont-Ferrand par Ferdinand Thibaud, et « l’almanach du cultivateur ».

En 1855, on y trouvait entre autres, la table du lever et du coucher du soleil, du lever et des phases de la lune, des préceptes d'agriculture et de jardinage pour chaque mois, des divers changements de température qui auront lieu pendant l'année 1855, extraits des Prophéties du célèbre Michel Nostradamus, utiles aux laboureurs, etc. / Par le Grand Pêcheur Fidèle.

Les almanachs sont surtout diffusés par des colporteurs locaux et non par les "grands colporteurs". En effet, la vente d'almanachs est saisonnière (surtout de septembre a janvier) et spécifique à chaque région.

Une autre catégorie domine largement, les ouvrages religieux : bibles, évangiles, vies de saints, Journée du Chrétien, ainsi que des titres classiques de la littérature bleue*

* A l'initiative de quelques imprimeurs qui ont repris, sous forme de brochures à bon marché, un fonds littéraire hérité du Moyen Âge. Elles étaient recouvertes d’un simple papier bleu !
Longtemps imprimés sur du «papier bouffant à la chandelle», vendus à des prix très modiques (2 à 35 centimes pièce, selon le nombre de pages, au XIXe siècle), ils sont, de ce fait, qualifiés de «romans à quatre sous».

Parmi les romans parus dans la Bibliothèque bleue, presque tous sont des romans de chevalerie du Moyen Âge.

Il s’agit d’une quinzaine de titres issus soit de la geste carolingienne comme "
Les Conquêtes de Charlemagne" et "l’Histoire des Quatre Fils Aymon", soit de romans d’aventures centrés sur les prouesses d’un héros ou d’une héroïne.

 

Parmi les autres catégories de livres, on trouve des vies de personnages célèbres, de brigands (Mandrin, Cartouche), des chansons, des épistolaires (le Secrétaire Français notamment) et traités de savoir-vivre, des sermons burlesques, des ouvrages de science occulte et de prophéties.

Les romans ne sont pas absents : romans classiques adaptés (Don Quichotte, Robinson Crusoé, Télémaque, Paul et Virginie, Gulliver, les oeuvres de Racine, La Fontaine, Florian, Molière…), ou romans modernes (Mme Cottin, Eugène Sue...).

 

Voir les commentaires

Histoire de la poste aux lettres en Haute-Auvergne des origines à 1793

10 Janvier 2022, 15:40pm

Publié par Françoise PICOT

Nous avons eu l'occasion, il y a quelques jours de vous proposer un article sur ce blog, dans la rubrique "histoire locale" concernant "le facteur rural, un forçat de la route 1830-1914" (document du mois des AD du Cantal -  rédigé par Nicolas Laparra )

Pour ceux que le sujet intéresse, nous vous proposons la lecture d'un article de Monsieur P. NOUGARET, dans la revue de la Haute-Auvergne Source Gallica.bnf.fr / BnF

En janvier 1953 1ère partie

chapitre 1 notion sur l’histoire des postes en France
page 7 1) les relais de poste aux chevaux
Louis XI a été à l’origine des relais à la poste aux chevaux.
Ces relais sont d’abord installés sur les routes utiles aux affaires du Roi.

Les étapes sont placées de sept en sept lieues et tenues par les « chevaucheurs » tenant la poste pour le Roi. Ce service est strictement interdit au public…..  voir article
page 8     2) Les messageries     voir article
page 10   3) La poste aux lettres
Peu à peu, les chevaucheurs de l’écurie du Roi prennent l’habitude de transporter, en plus des missives royales, les lettres que les particuliers veulent leur confier.
Voir article

page 12   chapitre 2 la poste en Haute-Auvergne

Les relations postales d’Aurillac et de St Flour. Ces deux villes sont le point de départ ou d’arrivée de toutes les routes de poste de la région  voir article

Lien vers : Article Revue de la Haute-Auvergne PARTIE 1 Janvier 1953

En janvier 1954   2ème partie

chapitre 3   La poste dans la région (bureaux, personnel)

Page 4 on peut lire :

L'Almanach de 1687 recommande « Ceux qui écriront dorénavant
soit dans les bourgs, villages ou chasteaux observeront de mettre sur
leurs lettres la ville de la route des postes qui en peut être la plus
proche»
.

Cette précaution s'impose d'autant plus que le petit nombre de routes de poste risque en cas de mauvaise adresse de détourner la lettre fort loin.
On inscrit en 1780 :   A M., à Salers, Haute-Auvergne, par Clermont
et St-Martin-Valmeroux.

Les lettres voyagent le plus souvent en port dû, c'est-à-dire que le prix en est acquitté par le destinataire.

A partir de la page 7, les bureaux et les relais de la région sont détaillés :

Entre autres,

page 7 Allanche, Aurillac

page 12 Chaudesaigues,

page 13 Massiac

page 14 Mauriac

page 15 Maurs, Montsalvy, Murat

page 16 Pierrefort

page 17 Pleaux, Ruines, St Cernin, St Flour

page 19 St Martin Valmeroux, St Paul des Landes, Salers,

page 20 Vieillespesse

Lien vers : Article Revue de la Haute Auvergne PARTIE 2 Janvier 1954

Articles très intéressants écrits par Monsieur P. Nougaret il y a 70 ans environ qui nous donnent un aperçu très complet de la situation de "la poste aux lettres en Haute-Auvergne".

Bonne lecture

 

Voir les commentaires

Le facteur rural, un "forçat de la route" 1830-1914

6 Janvier 2022, 10:06am

Publié par Françoise PICOT

Document du mois des archives du Cantal janvier 2022

C’est en 1830 que le facteur fait son apparition dans les campagnes cantaliennes. Jusque-là il n’existait pas de distribution postale à domicile, seule la correspondance administrative, acheminée par les piétons de la préfecture, parvient dans toutes les communes rurales.
Sous la Monarchie de Juillet, le contexte change, l’Etat veut favoriser la communication de l’ordre intellectuel, tout autant que matériel. Il ne s’agit pas simplement de favoriser le développement économique par les échanges. Il a aussi un dessein moral et politique qui est de pénétrer, d’intégrer et d’éclairer les campagnes. Il s’agit de mettre fin au « primitivisme superstitieux et brutal dont jaillissaient si facilement Jacqueries et Chouanneries[1] ».
Le vote de la loi Sapey, qui donne naissance à la distribution postale dans les campagnes, s’inscrit tout à fait dans cet ordre d’idée. Le 1er avril 1830 cinq mille facteurs ruraux s’élancent ainsi pour leur première distribution à travers les campagnes françaises.

Le recrutement se fait en partie parmi les anciens messagers-piétons. Ceux-ci étant toutefois trop peu nombreux, l’administration fait surtout appel aux anciens soldats de l’Empire. Beaucoup, sans occupation depuis leur démobilisation, se proposèrent à cette nouvelle fonction.
Appréciés pour leur esprit d’ordre et de discipline, ils étaient de plus robustes et capables d’effectuer de longs trajets à pieds par tous les temps.

Dans le Cantal, entre 1855 et 1895, sur 361 candidats au poste de facteur, 229 sont d’anciens militaires[2].
L’obtention de cet emploi représente pour eux, comme pour la majorité des cantaliens, une possibilité d’ascension sociale.
Le Cantal est un département pauvre qui n’offre que peu d’emplois à ses habitants obligés d’émigrer en grand nombre. Dans ces conditions, bien que peu rémunéré, l’emploi de facteur possède un véritable attrait. Et ce qui compte ici est moins la réalité de la condition du facteur que l’image qu’en a la population des campagnes. Pour nombre de ruraux, il occupe une position enviée. Il représente l’Etat, porte un uniforme et jouit d’un certain prestige. Cette fonction assure une reconnaissance sociale qui dans la société rurale d’alors n’est pas chose négligeable.


L'uniforme du facteur rural a longtemps été la simple blouse bleue. Seul le col rouge et la casquette de drap vert (puis bleu à partir de 1883) le distinguent du paysan de nos contrées. La tenue des facteurs va peu à peu s'uniformiser.
En 1889, le facteur rural porte la même casquette que le facteur de ville. Puis un veston-vareuse lui sera attribué tous les deux ans. Mais il faudra attendre l'après-guerre et les années 1920 pour que l'uniforme des facteurs devienne vraiment...uniforme.

 

Cependant, à leur entrée dans l’administration des Postes, les nouveaux arrivants découvrent les réalités parfois peu enviables du métier de facteur.
Il se doit avant tout d’être un bon marcheur disposant d’une solide constitution apte à défier les longues marches dans la neige, le froid et sous la pluie l’hiver, sous l’orage et le soleil l’été.

En 1834, dans le Cantal, la distance moyenne calculée d’après 77 tournées différentes est de 21 km et la plus longue est de 32 km[3].
Mais il ne s’agit là que d’estimations assez grossières de la part de l’administration qui se contente d’ajouter les distances séparant les différentes communes qui composent la tournée. Ce mode de calcul laisse de côté tous les écarts que le facteur doit faire, en particulier en pays d’habitat dispersé.

En 1882 le facteur Mialard, desservant les communes de Ruynes-en-Margeride et de Clavières, se plaint que la correspondance a augmenté dans de telles proportions qu’il lui est impossible de distribuer, seul, toute sa tournée. Les archives ont conservé à cette occasion un document précieux et d’ailleurs unique. Il s’agit du bulletin d’itinéraire de ce facteur. Si l’on additionne tous les écarts qui y sont portés, la tournée atteint 61,4 km ![4]
Leur mission est rendue encore plus dure par les caractéristiques géographiques du Cantal. Dans les zones de montagne le froid parfois intense est un ennemi redoutable et les chutes de neige fréquentes sont un obstacle à la marche des facteurs. Dans ces conditions les longues distances deviennent de véritables calvaires.

De ce fait les journées de travail sont souvent très longues.
Le facteur André du bureau de Neussargues avec un parcours de 37 à 40 km est occupé 13 heures par jour en 1900[5].

A la veille de la Grande Guerre, ils sont encore une majorité à travailler tous les jours de la semaine et ce tout au long de l’année, soit 365 jours par an au service des Postes. Malgré ce dur labeur, le seul véritable avantage de leur statut de fonctionnaire est la possibilité, à partir de 1854, de jouir d’une pension de retraite. Encore que celle-ci soit bien souvent misérable et ne permette pas de vivre. Elle est calculée à partir du traitement perçu par le facteur au cours de sa carrière. Or si ce dernier augmente continuellement, il n’en reste pas moins très chiche. Leur niveau de vie est parmi les plus faibles qu’il soit en milieu rural. En 1914, le traitement maximum, que peu de facteurs perçoivent, est de 1500 francs par an soit un peu plus de 4 francs par jour. Alors qu’à la même date le salaire journalier d’un bûcheron ou d’un manœuvre est environ de 6 francs[6].

Mais ces « forçats de la route » ne sont pas que de simples distributeurs, le facteur est aussi créateur de lien social. Il devient peu à peu une figure centrale de la communauté villageoise au même titre que le curé ou l’instituteur.
En témoignent ces photographies de la famille Bonnevide d’Oradour où le facteur pose avec le curé aux côtés des membres de la famille.

La lettre n’aboutit que par lui et dans ce rôle il est irremplaçable.
Dans le Cantal où l’émigration est importante, il apporte à tous les nouvelles de l’absent et parfois devient le lecteur délégué de ces concitoyens illettrés. C’est un lien de sociabilité extraordinaire pour les campagnes, en particulier dans les zones d’habitat dispersé du département. Et aujourd’hui encore, malgré les avancées technologiques et le recul de la distribution postale, le facteur reste très apprécié des Français, c’est l’un des trois personnages de la vie quotidienne qu’ils préfèrent avec le boulanger et le pompier.

Document rédigé par Nicolas Laparra  
Cotes ADC : 6 P 525, 111 Fi 78 et 200

Sources : 

[1] G. Duby et H. Wallon, Histoire de la France rurale. Apogée et crise de la civilisation paysanne, tome 3 de 1789 à 1914, Le Seuil, Paris, 1976, p. 158.
[2] A.D.C. 6 P 139 à 150
[3] A.D.C. 6 P 493
[4] A.D.C. 6 P 525
[5] A.D.C 6 P 67
[6] A-G Manry, Histoire vue de l’Auvergne, édition Guillaume de Bussac, Clermont-Ferrand, 1959.

Vous trouverez ci-dessous un article illustrant parfaitement ce que pouvait être la vie d'un facteur rural cantalien à travers l'exemple concret du facteur Antoine Jhean de Ségur-les-Villas (cahier N° 6 des Amis du Vieil Allanche, pages 29-38, 2013 ; site internet des Amis du Vieil Allanche).

Lien vers article :
Facteur Antoine Jhean de Ségur-les-Villas (cahier N° 6 des Amis du Vieil Allanche)

 

AD CANTAL 983 : 1 modèle
Description - image : facteur auvergnat, vêtu d'une cape et d'un chapeau. Il tient un bâton dans la main gauche et une lettre dans la main droite - texte : musée postal d'Auvergne, SEPT 1983, 15 Saint-Flour

 

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 > >>