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Histoire et Généalogie planèze aubrac margeride

Une mauvaise graine à Aurillac : le portrait haut en couleurs d'un spéculateur en blé (fin XVIIIe siècle)

3 Janvier 2023, 17:46pm

Le document présenté ce mois-ci est remarquable tant par son originalité que par sa rareté. Pièce unique, conservée dans les collections iconographiques des Archives du Cantal, cette affiche manuscrite mêle satire, ironie et caricature. Elle est anonyme et nous ignorons malencontreusement sa provenance ainsi que sa date exacte. Plusieurs éléments nous permettent toutefois de rattacher ce document au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, vraisemblablement à la période du Directoire (1795-1799). En effet, le texte fait référence tout à la fois au franc, devenu l’unité monétaire officielle en 1795 en remplacement de la livre, et à la « carte », unité de mesure agricole utilisée sous l’Ancien Régime et dont l’usage a perduré encore quelques années après la mise en place du système métrique sous la Révolution. La caricature présente au bas de cette affiche est un autre élément de datation possible qui tend à confirmer l’hypothèse de la fin du XVIIIe siècle puisque le personnage représenté semble vêtu à la mode de l’époque.  

Ce personnage, ainsi caricaturé, est un dénommé Mégemont que l’auteur accuse de spéculer sur le prix du blé. Affublé du charmant sobriquet de « La Crotte », qualifié tour à tour de « butor », « filou », et de « grand usurier », il aurait profité d’une période de « grande nécessité » pour acheter du blé à Aurillac, provoquant ainsi une hausse des prix. C’est là une grave accusation tant on sait que le commerce et l’approvisionnement en blé sont un des sujets très sensibles tout au long du XVIIIe siècle. Les céréales, nécessaires à la confection du pain, sont la base de l’alimentation des Français. Toute hausse des prix provoquée par une mauvaise récolte ou par la spéculation est donc dangereuse. Or, ce siècle marqué par le petit âge glaciaire compte de nombreux hivers extrêmement rigoureux auxquels font suite plusieurs périodes de disette et même parfois de famine : le tout aggravé par une spéculation intense sur le prix de la nourriture en général et surtout des céréales. Pour l’historien américain Steven Kaplan, le « pain est l’un des plus grands acteurs de l’Histoire de France[1] ». Révoltes et insurrections, que l’on qualifierait aujourd’hui « d’émeutes de la faim », sont fréquentes lorsqu’il vient à manquer. Le contrat social informel unissant le « Roi nourricier » à ses sujets contraint celui-ci à subvenir à leur alimentation à travers une politique d’approvisionnement fondée sur un contrôle strict du commerce des grains.

Confrontés à cette forte réglementation sous l’Ancien Régime, les marchands de grain exercent un métier difficile. Ils sont obligés pour commercer, de demander une autorisation aux officiers de police et tiennent un registre de leurs opérations. Ils n’achètent librement que sur les marchés ouverts et fermés à heures fixes, après que se sont servis boulangers et particuliers. Ils n’ont pas le droit d’acheter directement chez les producteurs, ne peuvent s’associer et doivent déclarer leurs stocks. Les années de mauvaise récolte, les autorités font dresser des états estimatifs, imposent la vente forcée, puis tarifiée. Les intendants, cours de justice et autorités municipales fixent un prix maximum pour chaque sorte de grain. Les pouvoirs publics, soucieux du maintien de l’ordre, favorisent le consommateur aux dépens du producteur et des marchands. Cette question est encore plus prégnante à Aurillac. Le Cantal est un pays de pâturages qui possède un important cheptel bovin mais il n’a jamais été un département producteur de blé et sa production ne suffit pas à nourrir les habitants. La ville, qui compte alors près de 10 000 habitants, dépend entièrement de l’extérieur pour les subsistances et doit acheter la presque totalité du grain qu’elle consomme. Son approvisionnement en blé est une préoccupation majeure des autorités municipales tout au long du XVIIIe siècle.

Le 29 août 1789, l’Assemblée constituante rompt avec la réglementation d’Ancien Régime et décrète la libre circulation et le libre commerce des subsistances. Cette liberté semblait devoir favoriser les départements non producteurs, toutefois dans le Cantal les difficultés d’approvisionnement subsistent. En témoigne cet extrait de la correspondance du procureur syndic du district de Mauriac : « Les marchés ne sont pas approvisionnés, les cultivateurs préfèrent vendre leurs grains à des marchands qui les revendent ensuite entre mains à des prix exorbitants » (30 messidor an III ; ADC, L 504). Les freins économiques demeurent : production faible, enclavement et coûts de transport trop élevés. La libre circulation ne suffit pas à résoudre les difficultés de ravitaillement. Pire, en raison du manque de grains, la liberté du commerce profite aux marchands au détriment des consommateurs. C’est ce que l’auteur de l’affiche reproche au dénommé Mégemont : « à Aurillac il a été faire emplette de blé. Bon comme un bon père qui arrache la bouche à ses enfants pour lui la manger en même-temps […] Avant le voyage de Mégemont fait, à cinq francs la carte vous l’avez mangé. Douze sous de plus vous donnerez depuis que Mégemont fait le grand usurier ».

Quel que soit le système économique en place, Aurillac, dont la production de céréales est insuffisante à nourrir sa population, manque de grains. Le pouvoir municipal a dû composer avec les différentes directives du pouvoir central et n’a eu de cesse de chercher à ravitailler la ville. Les changements de régime économique : réglementation ou libre circulation ne modifièrent en rien cette situation. Dans la pratique les pouvoirs publics ont toujours été contraints d’intervenir en continuant de réglementer et de subventionner le prix du pain. Une de leurs préoccupations constantes est d’assurer la subsistance des plus pauvres, autrement dit de la majorité de la population. C’est à ce prix qu’ils parviennent à maintenir l’ordre et à éviter de graves émeutes ou soulèvements. Toute proportion gardée, le contexte actuel de forte inflation n’est pas sans rappeler cette situation, et si comparaison ne vaut pas raison, l’énergie d’aujourd’hui est peut-être le pain d’hier !

Cotes ADC : 1 Fi 359

Source : « La question des subsistances dans la commune d'Aurillac, de 1788 à 1795 » par R. Rieuf dans Revue de la Haute-Auvergne, 1945 pages 307-329 et 1947 pages 46-68 et 100-111.

Document rédigé par Nicolas Laparra

 

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Un abbé à la conquête du ciel : le "Vaisseau volant " (1784)

2 Novembre 2022, 11:37am

 

Cette expression quelque peu énigmatique est le titre d’un imprimé présenté et annoté par le célèbre chroniqueur aurillacois, Jean-Baptiste Lakairie, dont nous commémorons cette année le deux-centième anniversaire de la mort. Né le 17 février 1765 à Aurillac, Jean-Baptiste Lakairie est tout d’abord musicien, suivant les traces de son père, Géraud Lakairie, choriste de l'église paroissiale Saint-Géraud d'Aurillac. Intellectuel très actif et engagé pendant la période révolutionnaire, il devient l’archiviste d’Aurillac et s’illustre alors grâce au matériau qu'il a réuni pour la publication de ses mémoires et des annales de la ville (1787-1818). L’ouvrage Mélanges. Aurillac. 1774-1792 dont est extrait cet imprimé est un parfait exemple de son travail de collecte.

Derrière ce titre grandiloquent se cache un projet non moins ambitieux, celui de construire à Aurillac, dès 1784, le premier ballon dirigeable de l’Histoire. Ce prospectus, publié avec l’autorisation du lieutenant-général et de police, vise « à ouvrir une souscription pour un Vaisseau Volant, capable d’enlever deux personnes ». Les premières lignes font état du « succès des Expériences Aërostatiques qui furent faites à Aurillac le 12 mars de la présente année 1784 ». Le nom d'« aérostat » a été inventé par l'Académie des sciences en 1783 pour désigner ce nouveau type d’appareil dont le vol est assuré principalement par une force aérostatique, la poussée d'Archimède. C'est cette poussée découlant de la différence de masse volumique entre l'air chaud ou le gaz contenu dans l'aérostat et l'air extérieur, plus dense, qui permet à ces aérostats de voler. Pour se faire une idée de l’ambition de ce projet, il faut replacer ces expériences dans leur contexte. Nous sommes alors aux balbutiements de cette nouvelle technologie. Le premier vol officiel du ballon à air chaud des frères Montgolfier a eu lieu place des Cordeliers, à Annonay, le 4 juin 1783. Jean-François Pilâtre de Rozier et le Marquis d'Arlandes prennent part au premier vol libre humain le 21 novembre 1783.

Inspiré par ces premiers exploits, l’auteur de ce texte, l’abbé Louis Murat se lance à son tour à la conquête des airs. D’après Jean-Baptiste Lakairie « ce fut le jeudi gras, 19 février, que M. Murat, professeur de troisième au collège, fit l’expérience des globes aérostatiques à Aurillac[1] ». L’abbé Murat est né à Aurillac le 8 octobre 1750, fils d’un maréchal-ferrant. Amateur de sciences exactes, cet érudit eu l’idée de reproduire les expériences qui avaient marqué les esprits de ses contemporains. Sa première tentative du 19 février est un échec. Toutefois l’abbé Murat ne se décourage pas et, toujours selon Lakairie : « Enfin le 12 mars l’expérience réussit. Le petit ballon monta très haut et fut tomber près à Massigou. Le 2e qui avait 18 pieds de haut sur 32 de circonférence ne s’éleva pas si haut, parce qu’il y avait une ouverture qu’on n’avait pas apperçue. Ce fut sur le foirail que l’expérience eut lieu ».

 

Grisé par ce premier succès, l’abbé Murat ne se donne plus de limites et projette la création d’un « vaisseau volant » : « Il prévient le public que son dessein n’est pas de faire une simple répétition des expériences en grand, faites par Messieurs Pilatre du Rosier, le Marquis d’Arlandes, Charles et Robert, Montgolfier, Blanchard, etc. Il veut employer une méthode nouvelle pour diriger à volonté ces ingénieuses machines et pour les faire triompher des tous les obstacles qui en ont fait jusqu’à présent les jouets des vents ». Il ne s’agit plus d’élaborer un simple ballon mais bien de concevoir un véritable dirigeable. Dès les premiers ballons à gaz, l'idée de dirigeable fait son chemin. Il apparaît clairement, par nature même, que le défaut majeur de ces ballons réside dans leur incapacité à se diriger. Mais les contraintes techniques sont trop importantes en cette fin de XVIIIe siècle et ce n’est que le 24 septembre 1852 qu’a lieu le premier vol historique d’un ballon dirigeable entre l'hippodrome de Paris et Élancourt, soit environ 27 km. Il s’agit d’un appareil de 44 m de long en forme de cigare équipé d'un moteur à vapeur.

Cet appel à souscription est suivi d’un devis estimatif qui donne de nombreux détails quant à la conception de l’aérostat projeté : son diamètre, sa superficie, son volume, le poids qu’il pourra enlever, la quantité de toile et de vernis nécessaire à sa fabrication, le coût des coutures, de la galerie, des cordages… Il ne permet toutefois pas de comprendre comment l’abbé Murat prévoyait de pouvoir diriger son aérostat. Certes, le devis prévoit 300 livres « pour les machines et ressorts propres à diriger le ballon ». Mais il n’en dit pas plus sur la conception des machines en question et il est difficile d’imaginer ce que pouvait recouvrir ces termes de « machines et ressorts ». On peut tout de même remarquer que leur coût est relativement modeste en regard du coût total estimé.

Preuve toutefois du sérieux du projet, c’est le principal du collège, M. Piganiol, qui est chargé de recevoir les souscriptions. La somme totale prévue est de 2438 livres, une somme importante que l’on peut estimer à près de 40 000 euros actuels. Par une mention manuscrite au bas du prospectus, Lakairie nous apprend que « la souscription ne fut point remplie ». Certainement découragé par cet échec, l’abbé Murat ne renouvela pas sa tentative et le « vaisseau volant » aurillacois ne fut jamais construit. D’après Lakairie, il « s’était fait horloger et était chargé par le gouvernement des observations météorologiques à Aurillac », lorsqu’il mourut à Nevers le 19 brumaire an X, « d’un polype au nez, dont il allait se faire guérir à Paris[2] », emportant avec lui le secret de sa technique conçue pour « diriger à volonté » les aérostats.

Cotes ADC : D BIB 290, 29 Fi 359 (Foule admirant le ballon "Le Fétiche", le 14 juillet 1903, place Gerbert à Aurillac)

 

Sources : « Un ballon dirigeable à Aurillac en 1784 (lancé par l'abbé Murat, professeur au collège) » / Delmas, Jean (1868-1913), dans Revue de la Haute-Auvergne, 1910, pages 165-174.

Document rédigé par Nicolas Laparra

 

[1] Jean-Baptiste Lakairie, Cahiers de notes historiques sur l’histoire d’Aurillac (cote ADC : E DEP 1500/414)

[1] Ibidem.

 

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Reconstruction d'après guerre : l'exemple du château de Clavières (1944-1952)

5 Octobre 2022, 13:53pm

Ce plan, extrait des archives de l’architecte vicois Alphée Delrieu, a été dressé en janvier 1950 pour permettre la reconstruction dite « à l’identique » du château de Clavières, détruit par les Allemands lors des combats de juin 1944. Le 10 juin 1944, l’armée allemande lance une attaque d’envergure contre la Résistance auvergnate. Le réduit du Mont Mouchet (Haute-Loire) est pris d’assaut par des forces ennemies venues de trois directions. Une de ces trois colonnes, composée de 800 à 900 hommes, arrive de Saint-Flour en direction de Clavières. Après avoir en partie détruit le village de Ruynes-en-Margeride, laissant derrière elle le terrible bilan de 26 civils tués ou exécutés, et après avoir incendié les hameaux du Moulin de Ruynes, de la Besseyre des Fabres et de la Brugère, elle se présente à 15 heures à l’entrée du bourg de Clavières. La majorité des habitants ont fui, seuls sont restés les impotents et le curé. Le maire François Broncy, portant son écharpe, un linge blanc à la main, se porte courageusement au-devant des Allemands pour tenter de sauver son village. Il est abattu et, selon toute probabilité, brûlé dans les incendies. Dès lors, les combats s’engagent avec une compagnie de résistants qui ne parvient toutefois pas à stopper l’avancée de la colonne allemande. Celle-ci se scinde en plusieurs groupes qui vont tour à tour incendier les hameaux du Morle, de Masset, de Trailus, des Chazes, de la Grane et de Lalaubie. Les assaillants se retirent à la tombée de la nuit et repartent en direction de Saint-Flour. Ils reviennent dès le lendemain et se présentent en fin de matinée à l’entrée du village de Clavières où le combat reprend pour plusieurs heures. Le bilan humain est très lourd avec 64 cadavres découverts sur le territoire de la commune et ses environs. Les dégâts matériels sont considérables. Au total entre le bourg et les différents hameaux de la commune, 71 maisons et 8 granges isolées sont détruites, portant le nombre de sinistrés à 219. Le village de la Besseyre des Fabres est quant à lui entièrement détruit.

La reconstruction nécessitera plusieurs années. La réparation, pécuniaire et matérielle, des dommages de guerre n'est pas propre à la Seconde Guerre mondiale. Mais avec ce nouveau conflit, l’importance des dégâts est toute autre. Le Cantal, épargné lors des précédentes guerres, est cette-fois ci concerné en plusieurs points de son territoire : Ruynes-en-Margeride et Clavières en premier lieu, mais aussi Chaliers, Murat, le Lioran ou encore Saint-Jacques-des-Blats. Peu après l’armistice du 22 juin 1940, le gouvernement de Vichy met en place la délégation générale à l’équipement national. Elle pose les principes repris ensuite à la Libération par le commissariat général aux dommages de guerre, puis par la direction des dommages de guerre, de 1949 à 1965. Chaque sinistré peut obtenir une indemnisation égale à la valeur totale du bien, déduction faite d'un abattement calculé en fonction de la vétusté de l'édifice, mais à la condition que le projet de reconstruction se fasse « sur place et à l’identique ». Cette procédure permet à l’administration centrale d'accélérer les travaux sur certains édifices et de pouvoir gérer au mieux les coûts, dans une situation économique difficile.

 

La reconstruction d’un édifice commence par la demande d’indemnisation, à l’initiative du sinistré. Elle peut se présenter sous la forme d'un dossier qui contient pièces, photographies et plans documentant les dommages. Les services peuvent demander au sinistré des informations complémentaires sur l’édifice, notamment l’expertise d’un architecte de la Reconstruction, ainsi que des devis estimatifs. Une fois le dossier constitué, l’administration centrale procède à un calcul de l’indemnité provisoire. Il s’agit d’une estimation du bien avant le sinistre, généralement calculée sur la valeur du franc de 1939. Cette somme est alors considérée comme le budget provisoire des travaux. Un premier acompte est versé au sinistré pour lui permettre de commencer les opérations. Les architectes agréés par le ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme jouent un rôle central dans l'indemnisation et la réparation des dommages de guerre. Ils sont chargés de l'évaluation des dommages, de l'élaboration d'un projet de reconstruction, puis de la supervision des travaux. Les archives d’Alphée Delrieu contiennent un grand nombre de ses dossiers en collaboration, ou à la suite, de l’architecte sanflorain Pierre Sadoul : 23 dossiers papier et plus de 200 plans relatifs à une centaine de reconstructions. C’est une source de première importance pour l’histoire de la reconstruction de ces villages qui reste à écrire.

Alphée Delrieu est chargé d’établir les plans et devis de « reconstruction à l’identique » du château de Clavières et de ses dépendances. Le château est considéré comme partiellement détruit et gravement endommagé avec seulement 50 % de la maçonnerie réutilisable. L’architecte évalue le dommage en valeur 1939, à 1 400 181 francs. La loi du 28 octobre 1946 prévoit une reconstruction « sur place et à l'identique » mais il est possible, par dérogation, de vendre ou de transférer les créances vers d'autres affectations. Les consorts Rolland, propriétaires, ne souhaitent pas reconstruire ce château qu’ils n’occupaient que trois mois par an.  Ils demandent et obtiennent, en 1952, l’autorisation de transfert de l’indemnité en vue de la construction d’un immeuble à usage d’habitation et de commerce à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Et ce malgré l’opposition du conseil municipal et du maire, Jean Hugon, qui considèrent « que la disparition du château diminue de beaucoup la valeur touristique et dégrade énormément le bourg de Clavières » et que ce serait un « non-sens économique de payer très cher sa démolition ». Pour l’anecdote, le Cantal a compté deux châteaux dit de « Clavières », dont celui de Clavières-Ayrens, lui aussi détruit par un incendie en 1936, mais cette fois-ci causé par la foudre.

Cotes ADC : 113 Fi 2005, 22 W 6

Sources : Eugène Martres, Le Cantal de 1939 à 1945. Les troupes allemandes à travers le Massif central, Ed. de Borée 1993 et Villages martyrs de la Margeride : Clavières, Paulhac, Ruynes : juin 1944 / éd. établie par Jean Favier. Association du Musée de la Résistance d'Anterrieux, 2011

Document rédigé par Nicolas Laparra

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Des anarchistes à Saint-Flour ? L'affaire des lettres de menaces et des croix du Calvaire (1882)

2 Septembre 2022, 13:04pm

En ce mois de novembre 1882, une étrange affaire vient troubler la tranquillité de la paisible ville de Saint-Flour. Plusieurs personnalités de la ville, plus précisément, l’évêque, le maire et M. Baduel, juge au tribunal, ont reçu des lettres anonymes les menaçant de mort s’ils ne répondaient pas favorablement à une demande de rançon, formulée dans les termes suivants. « Tout dans le sang. Si vous ne déposez pas 500 francs au Calvaire de Saint-Flour dans un porte-monnaie, dans un buisson situé entre deux grands rochers les plus près de l’église du côté des stations et dont une croix touche un de ces deux rochers, avant le 5, votre mort sera décidée ainsi que l’incendie de votre palais. Ne mettez personne au calvaire pour veiller car il sera probablement tué. Je vous salue en attendant le dénouement. Le Président du Comité exécutif. L.C. Vive la révolution sociale ». Les lettres anonymes originales n’ayant pas été conservées, c’est à travers le brouillon d’une missive confidentielle, adressée par le sous-préfet au préfet du Cantal et datée du 4 novembre, que leur contenu est parvenu jusqu’à nous.

On apprend dans cette même lettre que les autorités comme les victimes ne prennent pas ces menaces très au sérieux et ne voient « dans cette affaire qu’une plaisanterie de mauvais goût ». Le sous-préfet souhaite toutefois prendre des mesures visant à prévenir l’envoi de nouvelles lettres afin d’éviter que l’affaire ne s’ébruite : « Il serait à craindre en effet que le secret dont nous nous appliquons à entourer les faits […] ne fut trahi par les nouvelles personnes menacées. […] La population qui les ignore et qui, me dit-on, est fort impressionnée par la lecture des faits analogues qui se sont produits ailleurs serait dans un état de fièvre, d’attente et de panique qu’il importe d’éviter ». Le sous-préfet fait ici référence aux attentats dits de la « Bande noire », nom donné à différentes organisations ouvrières d'inspiration anarchiste de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire). Les premières actions de la Bande noire se déroulent à l’été 1882 et sont marquées par un anticléricalisme radical : saccage et incendie d’une chapelle, dynamitage de calvaires et de croix, lettres de menaces. Bien que ciblant principalement des symboles religieux, l'organisation semble être tout de même motivée par des idées libertaires et anticapitalistes.

Pour ce faire, le sous-préfet souhaite mettre en place une surveillance de la boîte aux lettres de la poste de Saint-Flour, boîte à partir de laquelle ont été envoyées les trois premières lettres, soit en plaçant pendant quelques jours un agent de police à l’intérieur du bureau de poste, soit en ordonnant à un employé des Postes de retirer les lettres postées de nuit au fur et à mesure de leur dépôt afin d’appréhender sur le fait leur auteur. Il est aussi décidé de placer deux gendarmes dans la chapelle du Calvaire dans l’éventualité où l’auteur des menaces viendrait vérifier le paiement de la rançon. Mais toutes ces mesures ne serviront à rien car l’affaire prend rapidement une autre tournure. Dans la nuit du 8 au 9 novembre plusieurs croix du Calvaire, douze sur quatorze, sont arrachées et portées quelques mètres plus loin. De nouvelles lettres de menaces, écrites de la même main, sont adressées à l’évêque et au directeur du petit séminaire : « Vous ne vous êtes point encore exécutés, faites-le dans un délai de deux jours où tout brûle. Tout par le sang, vive la révolution sociale ». Méfiant, l’auteur a pris la précaution de changer de boîte aux lettres en délaissant la « grande poste » pour « les boîtes de ville », déjouant ainsi la surveillance de la police. Le sous-préfet ne voit dans le renversement des croix qu’un signe de « mécontentement de ne pas trouver à l’endroit fixé le porte-monnaie qu’ils espéraient y voir » et non « le signe d’un prochain mouvement anarchiste dans l’arrondissement de Saint-Flour. C’est donc ailleurs qu’il faut chercher, je crois, les motifs […] dans un besoin pressant d’argent, une rancune personnelle, ou même le simple désir de faire parler de Saint-Flour ». Une enquête est ouverte par le juge d’instruction mais ne produit aucun résultat précis. Dans l’attente, les croix sont replacées et la surveillance des deux gendarmes aux abords du Calvaire reprise jusqu’à nouvel ordre.

Toutes ces précautions ne peuvent cependant empêcher l’ébruitement de l’affaire. En effet, dès le 10 novembre, le journal La République Libérale propose un article intitulé « Les anarchistes à Saint-Flour » dans lequel est relaté avec toute exactitude le déroulé des faits. Pour ce journal de tendance républicaine, il ne faut pas exagérer le danger de ces menaces qui sont attribuées à des « individus qui aiment le désordre, s’adonnent à la paresse et se livrent à la débauche », voulant imiter les « exploits récents des anarchistes » dans le but « de faire peur aux bourgeois et aux curés ». Ce n’est pas l’opinion du Moniteur du Cantal, journal de tendance antirépublicaine, qui lui aussi évoque l’affaire dans son édition du 11 novembre : le rédacteur y voit plutôt l’œuvre des anarchistes et socialistes de Montceau-les-Mines qui « ont, paraît-il, des affiliés à Saint-Flour ». Plaisanterie de mauvais goût inspirée par les évènements de Montceau-les-Mines ou véritable action anarchiste ? Il est impossible de l’affirmer avec certitude à la lecture des documents qui ont été conservés.

Dans son rapport destiné au préfet le 12 novembre, le sous-préfet écrit : « pas de faits nouveaux si ce n’est une nouvelle lettre de menaces adressée à l’imprimeur de l’Impartial. Instruction n’a pas encore abouti. Surveillance exercée cette nuit sans résultat ». La dernière pièce de ce dossier est un brouillon de lettre du sous-préfet au préfet en date du 16 novembre dans lequel il regrette que l’administration des Postes refuse de laisser surveiller les boîtes aux lettres de la ville et que, dans ces conditions, il lui semble impossible de saisir l’auteur des menaces sur le fait. Le juge d’instruction se tourne quant à lui vers une tout autre piste puisque d’après le sous-préfet, il « croit qu’il arrivera à découvrir l’auteur de ces lettres. Et a l’intention d’aller saisir les copies des élèves des divers séminaires de la ville. Il croit d’après certains indices que les lettres viennent de là ». Il semble toutefois que les coupables n’aient jamais été retrouvés et que l’affaire s’en soit tenue à ces quelques péripéties.

 

Cotes ADC : 3 Z 46, 15 JOUR 1 et 2 JOUR 27

Document rédigé par Nicolas Laparra

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Les publications du GEHRG

13 Juillet 2022, 16:25pm

Désormais les publications du GEHRG, sont disponibles sur papier, et au format PDF.

 

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SORTIE DU 10/6/2022

22 Juin 2022, 16:22pm

 

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Le système métrique dans le Cantal par Jean-Baptiste Franiatte [vers 1800]

3 Mai 2022, 16:08pm

Jean-Baptiste Franiatte, expert géomètre de la ville d’Aurillac et commissaire pour les poids et mesures du département du Cantal, est à l’origine d’une des premières tentatives de réalisation d’un tableau de concordance entre les anciennes mesures héritées de l’Ancien Régime et le système métrique mis en place par la Révolution. En 1789, il n’existe aucun système de mesure unifié entre les diverses régions de France. L’étalonnage des poids et mesures est alors octroyé au roi, et on dénombre dans le royaume plus de 800 unités de mesure différentes. Certaines sont liées à la morphologie du corps (pouce, doigt, poignée, brassée, pied, pas), dautres au travail (hommée, fauchée, journal), d’autres encore au transport (ânée, charge, sac, tonneau). La complexité vient aussi de ce quune même dénomination, le pied, par exemple, correspond à une vingtaine de longueurs différentes selon les lieux et les corps de métier. Ainsi dans le Cantal, pour les mesures agraires, on utilise la sétérée, le journal ou la cartelée, mais tandis que la sétérée d’Aurillac vaut 17,83 ares (ou 1783 m2), celle de Maurs vaut 32,10 ares (ou 3210 m2). Et il en va de même pour l’ensemble des unités de mesure de distance, de longueur, de surface ou de poids. Une même dénomination peut recouvrir des réalités très différentes selon les localités.

Un tel système, source de confusions et d’embarras, constitue une entrave au commerce et à l’industrie dont l’essor réclame un système unifié. Sous l’Ancien Régime, plusieurs tentatives de simplification et d’uniformisation avaient déjà été faites, malheureusement sans succès, et la réforme des poids et mesures reste une des revendications les plus fréquemment exprimées dans les cahiers de doléances. « Un roi, une loi ; un poids et une mesure » est bien une des doléances inscrites à l’ordre des États généraux de 1789. L’abolition des privilèges ouvre la voie à une réforme enfin possible. Le roi n’étant plus à l’origine de l’étalonnage, il s’agit de trouver dans la nature « une mesure universelle et invariable, reproductible et vérifiable partout et toujours » (Talleyrand). Le 26 mars 1791, le choix du quart du méridien terrestre comme unité universelle et naturelle est fait sur la recommandation de Condorcet et de l’Académie des sciences, car cette mesure « ne renferme rien ni d'arbitraire, ni de particulier à la situation d'aucun peuple sur le globe ». La naissance du mètre – dont la longueur est établie comme « égale à la dix millionième partie du quart du méridien terrestre » – est officialisée par le décret du 1er août 1793, « qui établit pour toute la République la même uniformité dans les poids et mesures ». Ce premier décret est complété par celui du 18 germinal an III (7 avril 1795) qui institue le système métrique décimal. Il s’agit d’une véritable révolution dans le calcul des surfaces et des volumes. L’unité de mesure de base étant déterminée, il suffit désormais d’établir toutes les unités de mesure qui en découlent : le mètre carré, le mètre cube, le litre, le gramme… Ce décret supprime et interdit toute autre unité de mesure. Toutefois, on imagine aisément que la mise en pratique du système métrique n’a pu se faire en quelques mois ou même quelques années. Il est impossible d’abolir des siècles de pratiques et d’habitudes en si peu de temps. A l’heure de l’euro, certains de nos compatriotes parlent toujours en anciens francs alors qu’ils n’ont plus cours depuis plus de 60 ans ! Ce document n’est pas daté mais il est dit « présenté au citoyen Riou Préfet du Cantal ». Il s’agit du premier préfet du Cantal en poste depuis le 11 ventôse an VIII (2 mars 1800). On sait aussi que le même Franiatte est l’auteur du Tableaux des anciens poids et mesures en usage dans la ci-devant Haute-Auvergne comparés aux poids et mesures du nouveau système métrique publié en 1802. On peut donc raisonnablement dater ce document de la période 1800-1801, soit près de 5 ans après l’interdiction des anciennes unités de mesure.

Par son travail, Jean-Baptiste Franiatte fait œuvre de vulgarisation. Il se propose de donner « un rapport réciproque des mesures anciennes et nouvelles, avec différents moyens de les comparer les unes aux autres ». Les unités de mesure ne portent pas encore toutes les dénominations actuelles. Il utilise le mètre, le mètre carré et le mètre cube, le kilogramme ou « nouvelle livre » mais aussi la « lieue républicaine », la « perche républicaine » ou encore la pinte et le boisseau. Mais là n’est pas l’essentiel, la véritable révolution est qu’il s’agit bien désormais d’un système décimal unifié. Franiatte établit un tableau de concordance entre toutes les mesures dites « anciennes » et les mesures dites « républicaines ». L’aune de 44 pouces, mesure de longueur utilisée dans le canton d’Aurillac, vaut désormais 1,191 mètres et à l’inverse le mètre vaut 0,839576 aunes de 44 pouces. Pour bien se faire comprendre, il donne en exemples plusieurs cas pratiques de conversion : « On demande combien font 100 mètres linaires en aune de 44 pouces. Multipliez par 100 le nombre 0,839576 (rapport du mètre à l’aune). Séparez ensuite les six derniers chiffres vers la droite par une virgule, parce que le multiplicande a six décimales, et vous trouverez que le résultat de la multiplication donne 83 aunes 957600, c'est-à-dire 83 aunes 96 centièmes en négligeant les quatre derniers chiffres et en augmentant d’une unité la décimale précédente ». Pour Jean-Baptiste Franiatte c’est un « moyen simple de convertir en fractions anciennes, les fractions décimales ». Autre exemple « Le kilogramme ou livre républicaine fait en livres anciennes de 16 onces, 2,042877 livres. Si l’on veut savoir combien d’onces font ces fractions décimales, on les multiplie par 16 et l’on trouve 0,686032 once. Ces fractions ne contenant pas d’onces, comme l’on voit, on cherche combien de gros elles contiennent, et l’once étant composé de 8 gros, on les multiplie par 8 qui donnent 5,488256 gros : il faut multiplier les fractions décimales des gros pour trouver combien de grains elles contiennent, et le gros étant composé de 72 grains, l’on multipliera 488256 par 72, pour trouver 25,154432 grains. Par conséquent le kilogramme ou nouvelle livre vaut 2 livres 5 gros 35 grains 15 centièmes de grain » et tout cela sans calculatrice ! Je vous laisse seuls juges de la simplicité du procédé.

Cotes ADC : 3 Z 16

Document rédigé par Nicolas Laparra

Sources : Christiane DOUYÈRE-DEMEULENAERE, « Le système métrique décimal », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 20 avril 2022. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/systeme-metrique-decimal

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La Montagne du 23 avril 2022

2 Mai 2022, 13:38pm

La Montagne du 23 avril 2022
 

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L’arbre généalogique le plus grand du monde remonte à 100 000 ans

3 Mars 2022, 08:29am

Publié par Françoise PICOT

Actes civils, recensements de population, archives notariales ou fiscales, c'est en général sur la base de ce type de documents que nous, les passionnés, commençons à construire notre arbre généalogique.

Des chercheurs de l’université d’Oxford (Royaume-Uni), se sont tournés vers une autre source d'information.
Pour comprendre comment les individus du monde entier sont liés entre eux et construire un immense
arbre généalogique, l'arbre généalogique de l'humanité, ils comptent sur l’ADN.

Cette étude a été publiée récemment dans la très prestigieuse revue Science.

Composé de 27 millions de personnes (vivantes ou mortes) cet arbre généalogique devrait permettre aux individus de mieux comprendre l'histoire de l'humanité. Une avancée importante qui révèle beaucoup d'indications sur les ancêtres de l'homme.

Pour en savoir plus, voir les différents liens ci-dessous :

Lien vers l'article sur cultea.fr

Lien vers l'article sur netcost-security.fr

Bonne lecture.

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Nos ancêtres lisaient

12 Février 2022, 16:40pm

Publié par Françoise PICOT

LIVRES ET LECTEURS DANS LE DEPARTEMENT DU CANTAL AU XIXème SIECLE

Ci-dessous quelques extraits du mémoire de DEA de Nicolas GALAUD en 1992 sous la direction de Dominique VARRY, Maitre de conférences à l'ENSSIB.

La production locale d'imprimés

Les livres proprement dits sont assez peu nombreux.
Jusque vers 1850, ce sont les ouvrages à caractère religieux qui dominent.

A partir de 1850, la production non religieuse prend le dessus .
Elle est de deux sortes:
- des ouvrages pratiques comme l'Annuaire du Cantal, dont la première édition date de 1817 (par Pellisson) , qui fournit outre le calendrier de l'armée, la liste des administrations nationales et locales, les dates des foires et marchés, des renseignements statistiques , géographiques et historiques sur le département , ainsi que quelques traités d'agriculture.

- des ouvrages d'histoire locale. Le XIX ème siècle est marqué par un engouement pour l'histoire érudite, et les études locales se multiplièrent.
Ainsi, en 1818, J. B. Lakairie publie a Aurillac un tableau chorographique et historique du département du Cantal.
En 1820 Charles Raulhac, publie un « Discours sur les hommes éminents de l'arrondissement d'Aurillac »,

En 1824 parait la première édition du « Dictionnaire statistique du département du Cantal » par Deribier du Chatelet .

En 1861, on trouve, à côté des titres religieux, les ouvrages suivants :
- Guide du département du Cantal (1500 ex.)
- Guide historique et archéologique du Cantal, par Durif (1000ex.)
- Le songe de Guttemberg par H. Feuilleret, professeur d'histoire (50 ex.)
- Notice historique et statistique sur Thiezac (3500 ex.)
- Les causes de la dégénérescence des races chevalines en France (100 ex.)

Des colporteurs, une librairie ambulante

C’est une forme très ancienne de diffusion de l'imprimé en milieu rural qui a donné naissance à une littérature qui lui était propre, adaptée aux goûts et aux besoins du public rural.
La République étant définitivement installée a partir de 1875, on libéralisa par étapes le régime du colportage. La loi du 9 mars 1878 abrogea les dispositions de celles de 1849 pour le colportage des périodiques et de la presse. Désormais, elle pouvait être librement colportée sur simple déclaration à la Préfecture.

Le 17 juin 1880, une nouvelle loi établit la liberté pour tous les imprimés en substituant au régime de l'autorisation , une simple déclaration.
D'autre part, l'estampillage est aboli, le colporteur devant seulement être porteur d'un catalogue des objets qu'il propose. Enfin, la loi du 29 juillet 1881 lève ces dernières restrictions. Plus aucune formalité n'est réclamée.

On doit distinguer deux types de colportage.

Tout d'abord, un colportage à caractère local, exercé par des habitants du département et qui n'en dépasse pas les limites. Ceux qui s'y livrent sont généralement des gens dans l'indigence, ou souffrant d'infirmités ou de maladie chronique et qui ne peuvent exercer d'autres activités ; ou des personnes pour qui le colportage constitue une activité de complément saisonnière.
Ainsi, en 1861, Géraud Cazals demande une autorisation de colporter dans l'arrondissement de Murat des images de sainteté car "ne pouvant se livrer a l'agriculture en cette saison (..) il a besoin de se créer par une activité passagère les ressources nécessaires pour subvenir à ses propres besoins et à ceux de sa femme qui se trouve être dans un état de grossesse avancée" (ADC 49 M 1).

II existe d'autre part un "grand colportage", effectué par des colporteurs spécialisés, dont c'est la principale activité et qui parcourent la France entière. Ils sont généralement originaires sous le Second Empire du Haut-Comminges, région à cheval sur les départements de la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées.

Les colporteurs empruntaient généralement des itinéraires réguliers, par étapes d'une trentaine de kilomètres (d'un chef-lieu de canton à un autre) restant cinq à six jours dans le même canton.
On retrouve naturellement ces colporteurs pyrénéens dans le Cantal.
En 1849, ils représentaient 21 autorisations sur 31 au total; 13 sur 18 en 1850; 12 sur 18 en 1851. Les mêmes noms reviennent d'une année sur l'autre. En 1853, on leur délivre 45 autorisations reparties en deux vagues.

Dans le Cantal, on ne trouve à nouveau trace de colportage de livres qu'à partir de 1880, mais de manière très résiduelle.
En 1880, M. Baillit de Mauriac est autorisé a colporter « L'adieu de Napoléon III », « La Complainte du Maréchal Bazaine », « La Complainte sur la passion de Notre Seigneur », « la Républicaine » et « le Cantique des pèlerins ».

A la fête de Mauriac. M. Lablanquie de Saint-Mamet colporte la même année « l'Almanach de Milan » et « l'Almanach du cultivateur. »
En 1881, Cesar Baldi, originaire du Tyrol autrichien diffuse des chromolithographies* (sic), des cartes de géographie et des gravures (ADC 49 M 1) .

*La chromolithographie est une méthode unique pour réaliser des impressions multicolores

Les livres colportés
La littérature de colportage a été souvent étudiée, et nous est bien connue .

Au premier rang viennent les almanachs, qui combinent en un seul volume calendrier, informations pratiques, conseils et petites histoires.
Les almanachs les plus diffusés dans le Cantal sont « l'Almanach de Milan », imprimé à Clermont-Ferrand par Ferdinand Thibaud, et « l’almanach du cultivateur ».

En 1855, on y trouvait entre autres, la table du lever et du coucher du soleil, du lever et des phases de la lune, des préceptes d'agriculture et de jardinage pour chaque mois, des divers changements de température qui auront lieu pendant l'année 1855, extraits des Prophéties du célèbre Michel Nostradamus, utiles aux laboureurs, etc. / Par le Grand Pêcheur Fidèle.

Les almanachs sont surtout diffusés par des colporteurs locaux et non par les "grands colporteurs". En effet, la vente d'almanachs est saisonnière (surtout de septembre a janvier) et spécifique à chaque région.

Une autre catégorie domine largement, les ouvrages religieux : bibles, évangiles, vies de saints, Journée du Chrétien, ainsi que des titres classiques de la littérature bleue*

* A l'initiative de quelques imprimeurs qui ont repris, sous forme de brochures à bon marché, un fonds littéraire hérité du Moyen Âge. Elles étaient recouvertes d’un simple papier bleu !
Longtemps imprimés sur du «papier bouffant à la chandelle», vendus à des prix très modiques (2 à 35 centimes pièce, selon le nombre de pages, au XIXe siècle), ils sont, de ce fait, qualifiés de «romans à quatre sous».

Parmi les romans parus dans la Bibliothèque bleue, presque tous sont des romans de chevalerie du Moyen Âge.

Il s’agit d’une quinzaine de titres issus soit de la geste carolingienne comme "
Les Conquêtes de Charlemagne" et "l’Histoire des Quatre Fils Aymon", soit de romans d’aventures centrés sur les prouesses d’un héros ou d’une héroïne.

 

Parmi les autres catégories de livres, on trouve des vies de personnages célèbres, de brigands (Mandrin, Cartouche), des chansons, des épistolaires (le Secrétaire Français notamment) et traités de savoir-vivre, des sermons burlesques, des ouvrages de science occulte et de prophéties.

Les romans ne sont pas absents : romans classiques adaptés (Don Quichotte, Robinson Crusoé, Télémaque, Paul et Virginie, Gulliver, les oeuvres de Racine, La Fontaine, Florian, Molière…), ou romans modernes (Mme Cottin, Eugène Sue...).

 

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